On parle de nos membres: Eranova décline les usages de l’AlgX dans l’emballage
Les jours passent, mais ne se ressemblent pas chez Eranova. À peine Philippe Michon et Philippe Lavoisier,
les deux fondateurs de la start-up, viennent-ils d’inaugurer le pilote de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouchesdu-
Rhône) en présence des officiels que les projets s’enchaînent pour trouver des débouchés à l’AlgX, la
famille de bioplastiques issus des algues d’échouage que l’entreprise a mis au point. Pour mémoire, Eranova
a développé un procédé lui permettant de transformer un déchet polluant, tel que l’algue verte, en l’occurrence
celle de l’étang de Berre, en bioplastique prêt à être utilisé dans de nombreuses industries, et plus
particulièrement dans l’emballage.
Le pilote industriel a justement permis de valider la faisabilité du procédé, breveté, dont les principales étapes
se résument à la modification du métabolisme des végétaux marins, par « stress », de manière à leur permettre
d’assimiler davantage de sucre, puis à en extraire l’amidon dès que le taux de concentration a atteint les 40%.
Vient ensuite le blanchiment, réalisé à partir d’un deuxième procédé breveté, pour purifier la matière. La fibre
est ensuite séparée de l’amidon, ce dernier servant de matière première pour réaliser les différents mélangesmaîtres
(masterbatch) utilisés dans l’industrie des plastiques.
De multiples produits pour différents usages
« Tout dépend de ce que l’on veut faire, si l’on cherche un plastique plutôt compostable, biodégradable ou
simplement recyclable, détaille Philippe Michon, directeur associé. En fonction de ce choix, nous préparons
les mélanges qui diffèrent également selon le procédé de transformation utilisé par l’industriel, s’il s’agit
d’injection, d’extrusion-soufflage ou de thermoformage ». Polyvalent, l’AlgX peut être mélangé avec du
polybutylène succinate (PBS) ou du polybutylène adipate téréphtalate (PBAT) pour obtenir des produits
compostables, ou « greffés » sur des polymères pétrosourcés tels que le polyéthylène (PE) ou le polypropylène
(PP), et leurs dérivés recyclés, de manière à charger ces plastiques de matière végétale afin de diminuer leur
empreinte environnementale. « L’idée est de se débarrasser d’un polluant qui remplit les plages et les
déchetteries pour en faire un produit à usage industriel » précise Philippe Michon. Après avoir fait valider la
compostabilité de ses matériaux par les équipes de Guy César des Services études recherches polymères
biodégradables (SerpBio) de Lorient (Morbihan) et leur recyclabilité par le laboratoire Critt Polymères de
Verneuil-en-Halatte (Oise), Eranova cherche maintenant des débouchés industriels pour ses compounds.
L’emballage constitue une cible prioritaire. Plusieurs portes se sont déjà ouvertes… Carrefour devrait sortir
début avril des sacs-poubelle fabriqués à partir de cette matière (ci-dessous), alors que la marque de vêtements
pour enfants Du Pareil au même a elle aussi opté pour ce plastique à base d’algues pour ses sacs réutilisables.
Un autre partenariat a été signé avec le fonds de dotation Pure Ocean qui mène des opérations de nettoyage
de plages.
Emballages rigides et films hydrosolubles
« Il est vrai que les films et l’emballage souple constituent un débouché important, mais nous nous intéressons
aussi à l’emballage rigide. Des essais sont en cours pour réaliser des flacons par injection-soufflage », confie
Philippe Michon. La matière peut par exemple servir à fabriquer des bouchons (ci-dessous). Autre application
: l’emballage hydrosoluble, en remplacement des films à base d’alcool polyvinylique (PVA) utilisés pour
recouvrir les tablettes de lessive. Il reste maintenant à convaincre d’autres industriels pour élargir les
applications et monter en puissance. Eranova a déjà annoncé vouloir se servir de Port-Saint-Louis-du-Rhône
pour réaliser des installations plus importantes. Le pilote actuel, qui a nécessité un investissement de 6 millions
d’euros, est capable de produire 300 tonnes de bioplastiques par an. Eranova devrait injecter quelque 60
millions d’euros dans le projet d’ici à 2025 qui permettront de générer 100 emplois. Son ambition est de
construire une usine de 100 hectares avec une capacité de 20 000 tonnes annuelles « Nous avons montré qu’il
existe une alternative aux produits plastiques. Il faut maintenant pénétrer le marché, développe Philippe
Michon. Nous y allons avec des tests aboutis, qui prouvent que notre matériau peut être exploité dans des
conditions industrielles, et surtout avec une ACV qui prouve sa validité sur le plan environnemental ». Et de
conclure : « Ce n’est pas le cas de tous les bioplastiques. »
Basé à Marseille, Eranova fait partie des 1000 solutions labellisées par la Fondation Solar Impulse pour la préservation
de la planète. Le pilote de Port-Saint-Louis-du-Rhône a été soutenu par la région PACA, l’Ademe, la métropole d’Aix-
Marseille-Provence (MAMP), TotalEnergies ainsi que des investisseurs privés français et étrangers dont Indorama
Ventures, Symphony Environmental et des holdings privées.
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